Dans une perspective de transparence (j'entends par transparence un débat qui pourra suivre la lecture d'une telle note) sur les agissements au sein des instances du MoDem, je ne pouvais pas ne pas publier sur ce blog cet article rédigé par Eric Julliard concernant le compte rendu du dernier conseil national. D'accord avec ceci? Pas d'accord? A vos commentaires!
Le 14 mai 2008, c’est l’effervescence au Siège du Mouvement Démocrate à Paris, rue de l’Université : c’est la première réunion du Conseil national du Mouvement.
Conseiller national, Farid Taha arrive rue de l’Université à 9 heures 35. Après avoir signé la liste d’émargement, il entre dans la salle, presque pleine. Au passage, il s’est vu remettre, comme tous les autres participants, un document dactylographié comportant 15 amendements.
La tribune est encore vide. Saluant quelques-uns de ses collègues au passage, il s’installe sur les gradins au fond de la salle.
Puis il sort de son cartable, pour le relire, le texte, rédigé par avance, de l’intervention qu’il a prévu de faire devant le Conseil national.
Des membres du Bureau exécutif s’installent à la tribune. En l’absence de François Bayrou, c’est Jean-Marie Vanlerenberghe qui préside la séance. L’examen des amendements débute aussitôt.
Franz Vasseur prend la parole pour présenter les détails du préambule faisant l’objet de l’amendement n° 1.
Farid Taha demande ensuite la parole dans l’intention de lire le texte qu’il a préalablement préparé. Ce texte traite principalement :
- des dysfonctionnements ayant affecté l’élaboration et l’examen du projet de règlement intérieur national proposé,
- du caractère tardif de la diffusion du projet soumis à examen, effectuée la veille de la réunion du Conseil national,
- des conditions discutables de convocation des Conseillers nationaux, certains des membres fraîchement élus au titre du Collège des Élus ayant été sollicités seulement la veille par téléphone.
Le micro est remis à Farid Taha, qui prend place à l’emplacement où se trouvait Franz Vasseur lors de sa propre intervention.
Farid Taha entreprend la lecture de son texte, qui est assez rapidement perturbée par des chahuts et même des huées. Il se tourne vers Jean-Marie Vanlerenberghe, Président de séance, et sollicite de sa part un appel au calme.
Jean-Marie Vanlerenberghe n’intervenant pas, Farid Taha rappelle l’assemblée à l’un des principes de la charte des valeurs du Mouvement Démocrate ("Respect de la pluralité des opinions et liberté de leur expression").
Les invectives ne cessent pas pour autant, et Farid Taha termine difficilement son intervention aux cris de : "Dégage, laisse-nous travailler !".
Un autre Conseiller national, Rémy Daillet-Wiedemann intervient ensuite sur le même registre, invitant soit à l’acceptation pure et simple du texte en son état, soit à son rejet immédiat. Il demande qu’il soit procédé à un vote. Il n’est pas donné suite à cette demande.
Quelques minutes plus tard, Farid Taha quittera la salle en déclarant : "Désolé, mais je ne peux rester et cautionner cette mascarade. C’est un simulacre de démocratie".
La conférence de presse

- 14h46 - début de la conférence de presse
Commencée à 14 heures 46, la conférence de presse de François Bayrou durera un peu plus de 26 minutes.
Pendant cette conférence de presse, qui se tient autour d’une table dans la cour du Siège, Farid Taha écoute comme d’autres, silencieux et attentifs, les propos de François Bayrou.
Sollicité par un autre Conseiller national qui lui demande si François Bayrou a déjà parlé ou pas du règlement intérieur, il s’écarte et va vers lui pour lui répondre.
A son retour, Bernard Lehideux a pris place en travers du chemin qui mène à l’endroit qu’il occupait, empêchant ostensiblement toute circulation. Farid Taha demande à Bernard Lehideux de s’écarter pour qu’il puisse réintégrer l’endroit. Extrait du dialogue qui a suivi :
"Non ! Vous connaissez l’expression : qui va à la chasse …
Non.
Alors mon coco, tu as encore plein de choses à apprendre.
En matière de démocratie et de savoir-vivre, j’ai l’impression que vous aussi, vous avez des choses à apprendre."
Farid Taha quittera alors le lieu de la conférence de presse pour suivre celle-ci sur les écrans vidéo installés plus loin dans la cour.
Quelque temps plus tard, la conférence de presse de François Bayrou se termine sur ces mots [00:26:09] :

- 15h12 – fin de la conférence de presse
"Qui voudra faire œuvre d’indépendance avec nous sera le bienvenu. Mais c’est l’œuvre d’indépendance qui passera en premier. Je vous remercie". En exprimant cette dernière phrase, poing fermé, il frappe la table de ses phalanges et se lève aussitôt.
Presque immédiatement, un attroupement se forme dans un coin de la cour : Thierry Cornillet commence tout juste une déclaration. Certains des journalistes et cameramen se dirigent vers lui, d’autres s’interrogent sur la conduite à tenir, d’autres enfin commencent à remballer leur matériel.
Quelques minutes plus tard, et alors que Thierry Cornillet continue de s’exprimer un peu plus loin, Farid Taha se dirige vers François Bayrou. Ce dernier le reconnaît et s’arrête alors qu’il s’apprêtait à remonter dans son bureau. Les deux hommes se saluent. Farid Taha tient à la main un document qu’il souhaite remettre à François Bayrou.
Il lui tend le document, tout en lui expliquant pourquoi il n’est pas d’accord avec le processus en cours autour du règlement intérieur. François Bayrou réplique que le texte a été accepté par la majorité des Conseillers nationaux. Farid Taha tente alors de commencer à expliquer que certains Conseillers n’ont pu lire leur motion en raison de l’ambiance pesante qui régnait au sein du Conseil national.
Mais les deux hommes ont à peine le temps d’engager la conversation que Bernard Lehideux surgit et crie, au beau milieu de la foule assemblée : "C’est un clown ! Arrête ton cirque …".
Une partie de la foule, qui se trouvait autour de Thierry Cornillet et se montrait déjà passablement énervée par l’intervention de ce dernier, se retourne vers François Bayrou et Farid Taha. "Il est envoyé par l’UMP ! C’est un traître !" entend-on alors.
Farid Taha se retourne vers François Bayrou, interloqué, et lui dit : "Tout de même, Monsieur Bayrou, vous lisez mon blog, vous savez ce que j’écris. Vous ne pouvez pas laisser dire que je suis envoyé par l’UMP". François Bayrou se tait. Il est sidéré.
Bernard Lehideux renchérit de plus belle : "C’est un clown, il veut faire l’intéressant devant les caméras ! Tu es tout seul mon coco, t’es seul contre 300 !".
François Bayrou dit : "C’est grotesque, tout ça". Puis il quitte la cour et se dirige vers son bureau.

- Un participant explique à Farid Taha, sous l’œil attentif d’un vigile, qu’il "fout le bordel" (image montée à partir d’un panoramique vidéo)
François Bayrou parti, un délégué national crie à l’adresse de Farid Taha : "Salopard !". Les insultes fusent alors de toute part. Farid Taha tente de s’éloigner vers une cour adjacente. Le délégué national le suit et continue de l’invectiver.
Farid Taha s’arrête et se retourne. L’autre ne s’arrête pas, et les deux hommes sont bientôt presque front contre front. Farid Taha dit que de telles insultes, proférées en public, tombaient sous le coup de la loi. Puis il lui demande son nom.
Le délégué national arrache son badge et dit : "Tiens, voilà mon nom. Va porter plainte, salopard !". Sur le badge est écrit le nom suivant : Christophe Madrolle.
Pendant ce temps, Bernard Lehideux se répand en invectives. Une Conseillère nationale entend : "Ce Monsieur est un fou !". Elle l’interpelle : "Vous n’avez pas le droit de parler ainsi d’un adhérent. C’est une réunion politique. Chacun a le droit de s’exprimer".

- Après lui avoir dit qu’il était chargé de le faire taire, l’homme explique désormais à Farid Taha qu’il est là pour le "protéger"
Quelques minutes après ces incidents, un homme se présente à Farid Taha. Il sort son portefeuille et montre furtivement une carte de police tout en demandant à Farid Taha de le suivre à l’écart. Puis il lui déclare : "Monsieur Taha, je vous connais et je n’ai rien contre vous, mais on m’a chargé de vous demander de vous taire".
Abasourdi, Farid Taha rétorque : "Vous réalisez ce que vous dites ? Je suis Conseiller national d’un parti politique et, dans l’enceinte même du Siège de ce parti, vous me demandez de me taire ?"
A 15 heures 37, alors que d’autres Conseillers nationaux passent à proximité, Farid Taha demande à l’homme de répéter ses propos devant eux : "Pouvez-vous répéter ce que vous venez de me dire à l’instant devant ces personnes ? Ce ne serait pas à ceux qui m’ont traité de ’clown’ et de ’salopard’ de répondre de leurs propos plutôt qu’à moi ?".
Une Conseillère nationale s’approche et s’enquiert de ce qui se passe. L’homme explique : "Ce Monsieur fait trop de bruit, il gêne le voisinage". La Conseillère nationale réplique : "Il ne fait pas davantage de bruit que les autres". L’homme : "Madame, sachez que vous êtes face à la loi et que vous devez obéir à la loi".
Le mari de la Conseillère nationale intervient à son tour : "Ce n’est pas ce Monsieur qui fait du bruit et du désordre. C’est vous. Eloignez-vous et il n’y aura plus de désordre".
Le ton s’adoucit. L’homme affirme qu’il voulait seulement protéger Farid Taha parce qu’il pensait qu’il s’estimait menacé. Cependant, l’homme avertit : "Vous allez être appelé par qui de droit pour répondre de ce qui s’est passé". Les Conseillers nationaux témoins de la scène demandent à l’homme de cesser, rien ne justifiant disent-ils "une telle interpellation".
Un peu avant 16 heures, François Bayrou reparaît avec Bernard Lehideux et se dirige vers sa voiture, fendant la foule encore dense des Conseillers nationaux : "Laissez-moi passer, je n’ai pas de temps à perdre. Je vais à l’Assemblée". Au moment où il monte dans sa voiture, il dit à voix basse : "Les clowns c’est terminé. Maintenant, au travail".
Quelques minutes plus tard, il est non pas à l’Assemblée, mais attablé dans un restaurant proche. Rémy Daillet-Wiedemann s’y trouve.
Une brève discussion s’engage [1]. Rémy Daillet-Wiedemann pose une question à François Bayrou : "Êtes-vous satisfait de votre Conseil national, et pouvez-vous comprendre que l’on souhaite un vrai Conseil national ?" La réponse de François Bayrou est immédiate : "Cher ami, dans un vrai Conseil national, pensez-vous que vous seriez élu ?".
Cette affaire autour de Farid Taha constitue à mon sens un vrai problème. Pas pour Farid Taha, entendons-nous bien. Mais pour le Mouvement Démocrate ou plutôt, pour ses dirigeants et en particulier le premier d’entre eux.
En vérité, le Président du Mouvement Démocrate a plusieurs problèmes :
Son premier problème, c’est qu’il semble indispensable en toutes circonstances. Étant absent, il avait confié la présidence de la réunion du Conseil national à une personne qui, n’ayant effectué aucun rappel à l’ordre alors que la situation dégénérait, n’a pas été en mesure de faire respecter l’expression de la pluralité des opinions. Existe-t-il, au-delà de la personne de son Président, quelqu’un qui, au sein du Mouvement, est susceptible d’animer une simple réunion de manière acceptable ?
Son deuxième problème, c’est qu’il a nommé à un poste qui requiert une certaine maîtrise de soi quelqu’un qui en a singulièrement manqué dans des circonstances où rien ne justifiait un comportement aussi outrancier. Aussi je m’interroge : qui Bernard Lehideux voulait-il faire taire ? Farid Taha, ou bien Thierry Cornillet, qui parlait effectivement à ce moment-là devant micros et caméras ?
Son troisième problème, c’est qu’un panel de menteurs et de manipulateurs totalement dévoués à son service, aussi peu talentueux que peu sourcilleux de vérité, ont travesti les faits et se sont répandus à l’envi sur les blogs pour désigner Farid Taha comme coupable de faits qui ne lui sont en aucun cas imputables. Les menteurs et manipulateurs sont sans doute fort utiles en temps de guerre. Mais sommes-nous en guerre ? Et qu’allons-nous bien pouvoir en faire si nous sommes en temps de paix ?
Son quatrième problème, c’est que quantité d’adhérents non présents sur place et qui, bien entendu, ne se sont pas donné la peine de vérifier les "informations" qu’on leur délivrait, ont pris fait et cause contre Farid Taha sur la foi de simples rumeurs. Un adhérent naïf apparaît comme beaucoup plus dangereux qu’un dictateur avisé. Certes, ce peut être un avantage lorsqu’il s’agit d’expliquer quel bulletin glisser dans l’urne à l’occasion d’une élection. Mais cela peut devenir un lourd handicap dès lors qu’il s’agit d’imaginer et de bâtir ensemble un projet de société.
Enfin, son cinquième problème, c’est qu’il va falloir qu’il règle les quatre autres.
A tous ceux qui, dans cette lamentable affaire, se sont sciemment égarés en actions ou pensées concertées et qui en ont perdu leur honneur, je veux témoigner ici d’un irrémissible mépris.
A ceux qui, par peur, se sont tus, je veux dire mon inquiétude et ma déception. Pourtant, je veux aussi les assurer de ma compréhension, car nous savons tous combien il n’est pas facile d’être libre.
A tous ceux qui ont cru sans nuance, mais aussi sans calcul, à ce qu’ils ont lu ou ce qu’on leur a dit, je veux dire ma tristesse. Je ne perds pas cependant tout espoir. Mais je les exhorte à faire preuve à l’avenir de discernement lorsque des "informations" parviennent trop facilement à leur portée.
Source: http://www.francedemocrate.info/spip.php?article519